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L’INDÉPENDANT
Octobre 2002 / n°41 (réalisation ETC)
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La qualité de service : l’art de cultiver ses différences
Apporter un service de qualité, c’est bien. Le faire savoir, c’est encore
mieux. Pour chaque type de commerce, la reconnaissance de la qualité,
pouvant se sanctionner par un diplôme, est un moyen comme un autre de
se distinguer. À travers l’exemple de quelques professionnels qui, individuellement
ou collectivement se sont faits reconnaître de cette façon, tour
d’horizon d’une certaine France en or.
Janvier 2002, Marcel Bonniaud reçoit le Panonceau d’Or
au nom de l’Espace Commercial Montplaisir, à Lyon. Ce prix est l’une
des deux distinctions attribuées par le Challenge du Commerce et des
Services. Résultant d’un partenariat entre le Secrétariat d’État
aux PME, au Commerce à l’Artisanat et à la Consommation et l’Assemblée
des Chambres Françaises de Commerce et d’industrie (ACFCI), le Panonceau
d’Or récompense les performances collectives des unions commerciales
(lire encadré).
Cet exemple n’est bien sûr pas isolé. Il existe de nombreux moyens
de se distinguer pour la qualité de son service ou de ses produits, de
façon collective ou individuelle. Pour les commerçants, la reconnaissance
de la qualité n’est d’ailleurs pas un phénomène nouveau.
Certains concours approchent même les 80 ans d’existence. Pour autant,
ces récompenses, souvent aux couleurs de l’or (Nefs, Panonceaux, Mercures…),
ne sont en rien « démodées ». Plus que jamais, la
qualité de service constitue pour les commerçants un moyen d’augmenter
leur chiffre d’affaires, de déjouer l’isolement propre à l’exercice
d’une activité indépendante et de se démarquer de la concurrence.
À chacun son concours
À l’échelle locale ou nationale, toutes sortes
d’épreuves ont vu le jour. Pour être averti de leur existence et
s’inscrire, les moyens sont variés (lire encadré). Ainsi, la Mairie
de Paris organise chaque année le concours de la « Baguette d’Or
», ouvert aux boulangers de la capitale. Cette année, 110 participants
sont venus déposer, le même jour, à la Chambre des Métiers,
deux baguettes de 275g, sorties de leur laboratoire. Stéphane Vandermeersch,
boulanger pâtissier avenue Daumesnil à Paris, soumettait, pour
la troisième fois à l’appréciation du jury, « sa
» Rétro d’or (à base de farine sans additif). « J’ai
été classé 10ème en 2000, 6ème en 2001 et
7ème cette année, souligne-t-il. Ainsi, l’épreuve montre
la constance de la qualité de mon pain. Mon diplôme est exposé
dans la boutique, mais pour en tirer un réel bénéfice commercial,
il faut être dans les trois premiers, précise-t-il ». Son
objectif pour les prochaines années est donc clairement fixé.
Par ailleurs, qu’y a-t-il de commun entre Paul Bocuse, chef cuisinier, Bernard
Roche, restaurateur de meubles, ou Laurent Dubois, fromager ? En apparence,
rien. Pourtant, ils sont chacun « l’Un des Meilleurs Ouvriers de France
». L’attribution de ce titre est une véritable distinction de qualité
(lire encadré). « Environ 200 disciplines différentes sont
représentées et classées en dix-neuf groupes de métiers,
explique Gile Delabre, secrétaire nationale de la Société
des Meilleurs Ouvriers de France. » Parmi eux, nombre de commerçants
relèvent des métiers de bouche, mais aussi de ceux de la communication
(photographes), de la coiffure et de l’esthétique, de l’habitation (décorateurs,
tapissiers… ), etc. Outre l’amour du travail bien fait, ce qui anime les MOF,
c’est le souci de transmettre aux jeunes passion et savoir-faire. « L’aspect
purement commercial de leur profession n’est pas pris en compte par le jury,
souligne Francis Boucher (Chambre de commerce et d’industrie de Paris) qui est
également à l’origine l’ouverture de l’épreuve au métier
de chocolatier. Cependant, l’idée n’en est pas absente : l’épreuve
finale comprend souvent la composition d’un étal, d’un buffet, d’une
pièce maîtresse, autant d’éléments qui entrent dans
la réalisation d’une vitrine. Et la vitrine, c’est le premier contact
avec la clientèle ! »
Chartes de qualité : donner confiance
Sans être nécessairement sanctionnées par
un prix, les chartes de qualité constituent une autre manière
de mettre en avant le talent des commerçants. Ainsi, début 2002,
cinq communes du Val-de-Marne (Pontault- Combault, Ozoir-la Ferrière,
Roissy-en-Brie, Tournan-en Brie et Gretz-Armainvilliers) ont lancé avec
l’appui de la CCI de Melun leur première opération pour promouvoir
le commerce local. Il s’agit d’une charte impliquant les commerçants
membres des unions locales de ces villes. Dans le but d’améliorer en
permanence la qualité de service, son mécanisme consiste à
respecter les six principes de la charte, faciles à mémoriser
sous l’appellation de « la règle des 6 A » : « A »
comme Accueil, Affichage et respect des horaires d’ouverture, Appui au client,
Assistance, Attractivité du point de vente et Animation. Les 140 commerçants
s’engageant à honorer cette charte acceptent le principe de « visites
mystères » visant à s’assurer de son respect. Ils reçoivent
un kit de décoration comprenant affiche et signalétique, pour
indiquer à leurs clients, leur souci de la qualité. Une opération
très positive puisque, devant son succès, la CCI souhaite étendre
l’expérience à d’autres communes de Seine-et-Marne.
Au-delà des chartes qualité, toute opération viser à
renforcer la qualité de service, y compris de façon collective,
est bonne à prendre. Les commerçants angevins l’ont bien compris,
qui ont monté en 1995 l’opération Les Vitrines d’Angers sous l’impulsion
de la CCI et de la municipalité. « Aujourd’hui, 250 adhérents
se mobilisent afin d’apporter toujours plus de confort d’achat à leurs
clients, explique Bruno Pèlerin, responsable de l’association : heures
de stationnement offertes, concours de vitrines, livraison à domicile
gratuite, mise à disposition d’agents d’accueil, ouverture de points
de consignes, confection des emballages cadeaux, etc. Nos actions de communication
communes sont identifiables par les consommateurs, grâce au label “Vitrines
d’Angers“ ». Résultat : une étude menée par l’École
Supérieure de Commerce d’Angers révèle que le dynamisme
des commerçants de la ville est reconnu et apprécié par
les Angevins.
Augmenter son chiffre d’affaires, pérenniser son commerce implique, souvent
d’en faire plus et de saisir toutes les opportunités, même malheureuses.
Marcel Bonniaud rappelle notamment, que « pour désolants qu’ils
soient, les scandales alimentaires constituent, pour les commerçants
des métiers de bouche, l’occasion de jouer à fond la carte de
la qualité, de la traçabilité de leurs produits, du sérieux
de leurs fournisseurs. Se positionner sur ce terrain, c’est leur laisser-passer
pour l’avenir ». Plus généralement, il semble que la recherche
de cette reconnaissance se développe. « Présent lors de
la remise des Nefs d’Or 2002, j’ai été enthousiasmé par
la valeur des lauréats, confie Guy Costes, président de la commission
commerce de la CCIP. J’y ai rencontré des commerçants formidables
qui ont compris que leur principale ressource, c’est la qualité. Le travail
d’un élu est souvent très prenant… L’envergure des lauréats
donne réellement un sens à notre démarche. » Un constat
très encourageant.
Didier Le Gorrec
Hors-texte 1
Le Panonceau d’Or :
Tout un quartier en profite
L’obtention du Panonceau d’Or par l’Espace Commercial Montplaisir (ECM), début 2002, est venue saluer quatre années d’efforts menés en commun à travers une charte de partenariat conclue en 1997 entre la Ville de Lyon, les Chambres consulaires (CCI et chambres des métiers), le groupe Promodès et l’Espace commercial, lui-même créé en 1989. Cas exemplaire qui prouve qu’à force de concessions, travailler « avec » peut être plus valorisant pour tous que de travailler « contre ». « Au départ explique Marcel Bonniaud, président de l’ECM, c’est notre partenaire bancaire qui nous a incité à monter un dossier afin de faire valoir toutes les opérations d’animation mises en place pour l’ensemble du quartier Montplaisir ». L’ECM regroupe 105 adhérents représentatifs de la diversité des commerces de l’avenue des Frères Lumière, située dans le 8ème arrondissement lyonnais. Au nombre de ces animations, parades, jeux-concours, et autres attractions festives ponctuent les « Jours de fête » instaurés par l’Espace. Autant d’activités qui ont pour but de préserver le caractère « village » du quartier. « Au-delà de la distinction honorifique, de l’impact médiatique, d’une campagne d’affichage Giraudy et des retombées commerciales directes, le panonceau valorise le travail de l’association aux yeux de partenaires, précise Marcel Bonniaud : banques, CCI, municipalité de Lyon, etc. »
Hors-texte 2
S’inscrire à un concours ? Conseils pratiques.
• « Mercure d’Or » (APCI/Chambres de commerce)
et « Panonceau d’Or » (pouvoirs publics/ACFCI) : retirer un dossier
de candidature ainsi qu’un règlement intérieur, soit auprès
de la Chambre de Commerce et d’Industrie locale, soit, selon les cas, auprès
de l’un des différents partenaires de l’opération (banques, municipalités,
Chambre des métiers…).
• « Nefs d’Or » (distinction à titre individuel pour des
commerçants franciliens) : contacter la délégation dont
dépendent les candidats (Paris, Val-de-Marne, Saint-Denis, Hauts-de-Seine),
afin d’obtenir le règlement, de connaître les éléments
pour constituer un dossier.
• « Un des Meilleurs Ouvriers de France » : diplôme décerné
par l’Éducation Nationale. Pour concourir, il faut être âgé
de 23 ans à la date de clôture des inscriptions. Elles se font
auprès du Comité d’organisation du travail des MOF, par Internet
ou auprès des Commissaires départementaux chargés de l’organisation
du concours.
Hors-texte 3
« Un des Meilleurs Ouvriers de France » : 78 ans déjà
!
À l’origine de l’histoire des Meilleurs Ouvriers de France, se trouve un homme, Lucien Klotz (1876-1946), critique d’art et journaliste. En ce début de 20ème siècle, face au développement de la mécanisation et de la standardisation de la production, il est urgent de valoriser le travail manuel. Dès 1913, Lucien Klotz, sensible à la crise de l’apprentissage qui s’annonce grave pour l’artisanat, l’industrie et les métiers d’art, élabore l’idée d’une grande exposition nationale du travail. Mais la première guerre mondiale brise net ce mouvement. En 1918, il repart en campagne dans la France entière et obtient le soutien de nombreuses personnalités. La première exposition nationale se tient en octobre 1924 à l’Hôtel de Ville de Paris. Inaugurée par le président de la République Gaston Doumergue, 200 chefs d’œuvre venus de la France entière y sont exposés. Le 31 janvier 1925, pour la première fois, le titre de Meilleur Ouvrier de France est attribué à 144 lauréats. La médaille officielle est instaurée sept ans après. Depuis, le concours s’est transformé au rythme des évolutions sociales et techniques, voyant disparaître certains métiers et prenant en compte de nouvelles activités. Aujourd’hui, il est organisé tous les trois ans par le Comité d’organisation des Expositions du travail. Les postulants doivent réaliser des œuvres selon des sujets imposés et sont jugés par leurs pairs. Les lauréats peuvent ensuite adhérer à la Société des Meilleurs Ouvriers de France (créée en 1929) qui œuvre pour la promotion de ce concours et organise animations et expositions dans toute la France.
Interview croisée
« Les Nefs d’Or : distinguer le dynamisme »
Francis Boucher, vice-président de la CCIP (Chambre de Commerce de d’Industrie de Paris) et président du jury de la 16ème édition des Nefs d’Or.
En quoi consistent les Nefs D’or ?
Ce trophée a pour objectif de mettre en valeur des chefs d’entreprise
de Paris, des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne ayant
démontré un dynamisme particulier, notamment dans le domaine de
l’innovation et de la qualité. Cette année, pour encore mieux
valoriser la réussite des entreprises sélectionnées, la
CCIP a choisi de donner un thème aux distinctions selon leur appartenance
au commerce, à l’industrie, ou aux services. Ainsi, les treize commerçants
lauréats ont fait l’objet d’un examen plus attentif sur leur implication
dans le développement économique local, dans la vie de leur quartier.
Quels sont les critères d’appréciation ?
Outre son président, le jury compte notamment un expert-comptable, un
représentant de chacune des quatre délégations, un spécialiste
en gestion d’une grande banque et un représentant du club des Nefs d’Or.
L’accent est donc mis sur la gestion dynamique et comptable. Les Nefs d’Or observent
le vécu de l’entreprise, suivent son évolution dans le temps.
Les chefs d’entreprise qui s’en sortent le mieux se distinguent par leur dynamisme.
Généralement, ils ont su créer un style d’accueil ou de
produit différent. Face à la grande distribution, se battre sur
la qualité est l’un des seuls moyens pour justifier un prix plus élevé.
Laurent Dubois : « Un moyen de renforcer sa notoriété »
Laurent Dubois, commerçant dans le 15ème arrondissement de Paris. Un des Meilleurs Ouvriers de France, section fromage 2000.
La moyenne d’âge des candidats au concours a tendance
à baisser (35 ans pour cette session 2000). Qu’est ce qui pousse un jeune
commerçant à tenter l’aventure ?
Il s’agit bien d’une aventure, car les 18 mois précédant l’épreuve
finale représentent un important investissement personnel, avec de grosses
pointes de travail et le résultat n’est jamais assuré ! La motivation
? Un certain goût pour la compétition, mais surtout la recherche
de l’excellence, l’envie de se prouver sa valeur, de valider par cette reconnaissance
professionnelle quelque chose qui sur le terrain fonctionne déjà
bien.
C’est la première année que le concours est ouvert
à votre discipline. Est-ce un aiguillon supplémentaire ?
La grande distribution couvre 90 % de la vente des fromages. Fromager est un
métier assez « confidentiel ». Le concours est effectivement
un moyen de pérenniser des savoirs faire, de redonner ses lettres de
noblesses à notre profession, de susciter des vocations. Chaque MOF,
dans sa discipline, en France comme à l’étranger est un représentant
de l’excellence française. Mais, avant tout, je suis un commerçant,
présent dans ma boutique.
Commercialement, comment valoriser au mieux ce titre ?
Le magasin est devenu une référence dans le quartier, grâce
au bouche-à-oreille d’une clientèle déjà fidèle,
à un dossier de presse qui s’étoffe (nous sommes cités
parmi les bonnes adresses fournies par les magazines), à un passage à
Télématin… Et puis, j’ai exposé mon diplôme juste
au-dessus de la caisse, signalé mon titre à l’extérieur
de la boutique. Je n’hésite pas à revendiquer ce prix en arborant
ma tenue au magasin, lors des fins de semaines chargées. Incontestablement
le prix a renforcé ma notoriété et a occasionné
un regain d’activité.