L’EXPANSION

N°668/Octobre 2002

 

Des épargnants heureux,
ça existe


Pour certains actionnaires, l’épargne n’a pas fondu au soleil cet été. Panorama non exhaustif des placements heureux.

C’est un euphémisme : la phase boursière actuelle n’est pas de nature à enthousiasmer les épargnants. Dans la période estivale qui vient de s’écouler, en particulier, trouver des placements gagnants a pu tenir de l’exploit. Replantons le décor : un CAC 40 en baisse de 31 % depuis le début de l’année (à la fin août), un creux historique atteint le 24 juillet dernier à 2898 points, des scandales liés à la falsification des bilans de grandes entreprises… Et pourtant. Malgré ce contexte peu amène, certains investisseurs sont parvenus à tirer leur épingle du jeu. Pascal Bahnweg est de ceux là. Pas le seul, certes, puisque cet ingénieur qualité fait partie des 140 000 collaborateurs du groupe Renault auxquels la firme au Losange a proposé en décembre 2001 de souscrire à son capital. « Réalisée dans le cadre du Plan d’épargne Groupe, cette opération était intéressante à plus d’un titre, confie-t-il. Renault a offert aux bénéficiaires plusieurs avantages : délai de paiement gratuit pour les souscripteurs, prise en charge des frais de gestion de l’investissement et, surtout, rabais de 20 % sur la valeur des actions. Un rabais d’autant plus fructueux que le cours de l’action était au plus bas en décembre 2001. » Résultat : Pascal Bahnweg a pu acquérir quatorze parts dans le Fonds Commun de Placement d’Entreprise (FCPE) Renault pour une valeur d’action autour de 29 euros. Et à la mi-août, la valeur Renault avait dépassé les 50 euros. En juin 2002, bis repetita. Les 10 % d’actions cédées par l’État ont fait l’objet d’une souscription réservée aux salariés de l’ex-Régie. Avec un dispositif encore plus favorable. Les incitations de la précédente opération ont été enrichies d’une attribution progressive d’actions gratuites. Par exemple, une action gratuite pour une achetée, jusqu’à 17 actions. « J’ai acquis 48 actions au cours de 41,44 euros lors de ce désengagement de l’État, reprend Pascal Bahnweg. Une excellente opération, donc, même si chaque salarié n’a pu investir qu’en fonction de son pouvoir d’achat, moins élevée chez certaines catégories de personnel. »
Bien sûr, des opportunités étaient aussi à saisir, durant ces mois écoulés, en dehors d’un plan d’épargne d’entreprise. Michel D. , commerçant, a fait preuve avant tout de bon sens pour gérer son portefeuille de 24 valeurs actions. « Au premier semestre de l’année, je n’ai rien vendu, confie-t-il. Au contraire, j’ai essayé d’acheter systématiquement à la baisse des valeurs réputées solides : Air Liquide, Suez, Bouygues, Sanofi-Synthelabo ou Aventis. Il fallait en profiter pour réinvestir dans les actions de ces sociétés, malgré les faibles dividendes distribués dans cette période. J’ai investi au fur et à mesure que je touchais les coupons. » Résultat : Michel peut se targuer d’avoir obtenu des performances honorables pour son propre portefeuille : seulement – 5 % à la fin août par rapport au début 2002. Pas si mal dans le contexte actuel.

Fonds garantis ou assurance-vie en euros ?

Au-delà de l’aptitude de tel ou tel à gérer son patrimoine, certaines catégories de placements séduisent particulièrement les investisseurs dans cette période de forte volatilité. On constate ainsi depuis quelques mois une appétence évidente pour les fonds garantis. Leur principe : ils garantissent le capital investi (en dehors des droits de souscription) et offrent un espoir de gain au bout de trois à six ans. L’établissement gestionnaire du fonds s’engage en effet à offrir une performance liée à l’évolution d’un indice boursier ou d’un panier de valeurs. Si l’épargnant est assuré de récupérer son capital — sécurité appréciable dans une conjoncture risquée — , l’octroi de cette plus-value n’est, lui, pas « garanti ». Il faut donc examiner les performances des fonds garantis qui viennent d’arriver à échéance. Exemple : le fonds GFA III lancé par Federal Gestion le 18 juillet 1997. Clos le 18 juillet dernier, juste avant le plus bas estival de l’indice parisien, il enregistre une performance de 28 % sur l’ensemble de la période, contre 19,8 % pour le CAC 40. Les souscripteurs du fonds garanti Lion CAC 115 ont été plus avisés encore, à six mois près. Ce fonds géré par Crédit Lyonnais Asset Management (CLAM) est arrivé à échéance en décembre 2001, ce qui l’a mis à l’abri des tempêtes boursières 2002. « Résultat : Lion CAC 115, lancé en 1996, a affiché une performance de 129,52 % à échéance, tandis que son indice de référence, le CAC 40, n’a progressé que de 96,57 % au cours de la même période », se réjouit Bertrand Penverne, co-responsable de l’ingénierie produits chez CLAM.
Xavier Boissaye (46 ans), s’est tourné vers un autre type de placement : l’assurance-vie en euros. Cet écrivain public a confié à la Banque Privée Saint-Dominique, filiale « gestion privée » du groupe Natexis Banques Populaires, le soin de gérer son épargne (plusieurs centaines de milliers d’euros). Une partie de son investissement est réalisé à travers un contrat d’assurance-vie en euros. Même s’il n’en connaît pas encore la performance finale, définie à échéance, Xavier Boissaye s’est tourné vers ce type d’épargne « pour son double intérêt, défensif et fiscal ». Et il n’est pas le seul. L’assurance-vie en euros connaît un vif engouement depuis 2001. Comme le souligne Corinne Pristov-Coron, directeur commercial de Socapi (lire encadré), les contrats « vie » en euros bénéficient d’un effet “cliquet“. À 5 % ou 6 %, leur rentabilité n’est pas vertigineuse. Mais vous êtes à l’abri des placements spéculatifs.

Chercher l’or ou l’Asie

Lorsqu’ils n’ont pas déplacé le curseur vers les fonds garantis ou les contrats « vie » en euros, certains épargnants ont tenu le raisonnement suivant : les bourses occidentales chutent (- 26,3 pour l’Euro Stoxx 50 et - 17 % pour le Dow Jones entre le 1er janvier et le 30 août 2002), allons voir ailleurs. L’Amérique latine n’offrant pas de perspective très favorable, pour cause de crise argentine, c’est vers l’Asie qu’ils se sont tournés. Les investisseurs lorgnent aujourd’hui vers le Japon, dont la conjoncture promet de se retourner positivement. « La bourse de Tokyo, dont la valorisation était modeste par rapport aux price earnings américains et européens, s’est montrée plus résistante en 2002, souligne Jean-François Canton, gérant de deux fonds japonais chez Comgest. En outre, les sociétés japonaises n’ont pas été touchées par les scandales à la mesure des affaires Enron ou WorldCom. » Quelques professionnels ont donc parié sur un retournement de cycle au Japon, comme en témoigne Jacques Tord, gestionnaire chez La Boétie Patrimoine (lire encadré). Les périodes boursières difficiles constituent aussi une opportunité de mettre à l’épreuve les valeurs refuges. Et l’or figure en bonne place parmi elles. Justement, les investisseurs qui ont placé début 2002 leurs liquidités dans les valeurs aurifères n’ont pas à le regretter. L’once d’or est passée de 276,50 dollars en début d’année à 310,60 dollars à la fin août, soit un gain de 12,3 %.

Crédit Agricole : bon plan estival

On peut toutefois jouer la « défense » sans pénétrer dans les « refuges ». Xavier Boissaye utilise plutôt la métaphore climatique : « Quand la tempête boursière souffle, il ne faut pas lutter mais attendre ». À l’instar de Michel D. , cet épargnant prudent s’est abstenu de vendre durant l’été 2002, sur les conseils de son gérant. « Au contraire, lorsque l’action France Télécom est tombée très bas cet été, j’ai demandé à mon gestionnaire s’il était opportun d’acheter. Par ailleurs, je fais toujours une sélection sectorielle sur mon portefeuille de valeurs : très peu de valeurs industrielles ou “nouvelles technologies“ mais beaucoup de valeurs pharmaceutiques, “luxe“ et “assurances“. » Résultat : son épargne investie a mieux supporté les rafales boursières que la moyenne des placements : Xavier Boissaye peut se targuer d’avoir sur performé l’indice CAC 40 depuis la mi 2001. Parfois, une seule valeur peut même sauver tout un portefeuille. « Grâce au Crédit Agricole, j’ai passé un excellent été ! » se réjouit André Chabalier. Ce restaurateur parisien n’en revient toujours pas. Il fait partie des heureux actionnaires du Crédit Agricole SA, introduit en Bourse en décembre 2001 et dont le titre avait gagné 26 % à la fin août. « De quoi équilibrer mon portefeuille, commente André Chabalier, qui possède également des valeurs Atos, Wanadoo et Thomson Multimédia, lesquelles n’ont pas véritablement performé au premier semestre. »

Plus sûr mais plus complexe

Plus la conjoncture est difficile, plus l’actionnaire a tendance à recourir à des produits ou techniques complexes pour s’en sortir. Exemple : les warrants « de couverture ». À l’opposé de leur utilisation spéculative, la plus fréquente, ces warrants ont pour principe de compenser la perte enregistrée par l’épargnant lorsque le marché baisse. Il s’agit en quelque sorte de jongler avec la prime d’assurance. « Mais attention, prévient Thibaud Gaubert, l’un des spécialistes des warrants chez Citibank : il ne faut pas se couvrir en permanence car la prime d’assurance coûte cher et le risque de ne pas profiter des hausses est réel. » Bien géré, cela rapporte : l’un des warrants Citibank a bondi de 224 % sur le seul mois de juillet 2002 . Le principe de couverture s’applique aussi aux fonds obligataires indexés. Alain Piquemal, gérant chez La Boétie Patrimoine, y croit beaucoup : « Si l’on considère que l’on pourrait bientôt sortir d’une longue période de désinflation, ces fonds offrent précisément une couverture en cas de remontée des prix. » Déjà, un fonds comme Oblig Inflation Plus (Sinopia) a gagné 6,42 % depuis le début de l’année (à la fin août). Mais attention : qu’il s’agisse de warrants, de fonds obligataires indexés ou encore de fonds de fonds alternatifs, par exemple, difficile pour un néophyte de jongler avec ces techniques. Autant s’adresser à des professionnels.

Didier Le Gorrec

Hors-texte :


Assurance vie en euros : les vertus de l’effet cliquet

“ L’épargnant qui a investi dans des contrats d’assurance vie en euros profite de l’effet “cliquet“ à la hausse : chaque année, la participation aux bénéfices versée sur son contrat est définitivement acquise et profite donc en totalité des futures rémunérations. En outre, les contrats en euros ont l’avantage d’être adossés sur un actif majoritairement investi en obligations, ce qui les met à l’abri de toute volatilité. Il existe deux types de contrats en euros. Certains fonctionnent sur la base d’un taux minimum garanti sur 8 ans - 3 % actuellement — , auquel vient s’ajouter la participation aux bénéfices. À titre d’exemple, le rendement net 2001 de notre contrat vie en euros Hérédial Expansion a été de 5,60 %, hors prélèvements sociaux. D’autres proposent un rendement garanti annuel supérieur, lié aux conditions des marchés financiers, mais sont assortis d’une participation aux bénéfices moins importante. C’est le cas de notre contrat Capactif dont le taux annuel garanti pour 2002 est de 5,85 % net. À ces avantages s’ajoute bien sûr la fiscalité favorable de l’assurance vie. ”

Corinne Pristov-Coron, directeur commercial de Socapi, société d’assurance vie du groupe Crédit Mutuel/CIC.


S’intéresser au Japon

« Voilà dix ans que le Japon essaie de rebondir sur le plan économique, mais il semble que le pays commence à prendre des décisions très positives dans ce domaine. De fait, les fonds japonais font partie depuis environ un an des allocations d’actifs étrangers. Je crois qu’il s’agit d’un pari intéressant : le Nikkei 225, l’un des principaux indices boursiers nippons, n’avait baissé « que » de 8,75 %, à la fin août, sur l’ensemble de l’année. Parmi les fonds Japon, je porte notamment mon attention sur Ofijapon, qui rassemble des valeurs comme Canon, Ricoh ou encore Sumisho Computers Systems. Ofijapon n’a perdu que 9,6 % les huit premiers mois 2002. À mettre en perspective avec les rendements de fonds US ou européens sur la même période. »

Jacques Tord, gérant de portefeuilles (La Boétie Patrimoine).