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L’ENTREPRISE MagazineDécembre 2000/N°182 |
Il y a quelques années encore, la carte
bancaire n’était qu’un simple moyen de paiement. Dopés par l’exemple d’American
Express, les établissements bancaires en font aujourd’hui un outil de gestion
des notes de frais. Puces ou bandes magnétiques, les cartes se placent au service
des entreprises.
Cartes bancaires,
cartes de fidélité, d’achat, de transport… S’il le souhaitait, le chef d’entreprise
verrait son portefeuille regorger de petits rectangles de plastique. Mais à
quoi bon ? Pour en faire une utilisation efficace, sachez identifier et
optimiser chaque type de carte destiné aux professionnels. Car derrière ce mot
tout simple se cachent des grandes catégories d’outils, parfois aux antipodes
les unes des autres.
Au delà des commodités
liées aux déplacement — assurances et assistance, qui ne se distinguent
pas vraiment des prestations offertes aux particuliers dans ce domaine — les
émetteurs de ces cartes ont bien compris l’un des principaux enjeux : faciliter
la gestion des frais professionnels pour le chef d’entreprise et ses salariés.
Depuis quelques années, ces supports magnétiques sont devenus des instruments
au service d’une véritable ingénierie du voyage. Et chacun dans son genre propose
une parcelle de ce service global. Alors, comment s’y retrouver ?
Pierre, délégué
commercial sur la région Rhône-Alpes, se déplace en permanence pour gérer son
volant de clients et prospecter. Dans son portefeuille s’amoncellent les reçus
de restaurant, d’hôtels et de péages. Trouver le temps de rédiger sa note de
frais n’est jamais évident. Et plus il tarde à le faire, moins son remboursement
sera rapide. De son côté, le responsable administratif “ craque ”
à la vue de ces dizaines de justificatifs qui lui arrivent un beau jour. Et
dont il faut saisir les données à la main. Cette gestion à la petite semaine
a aussi un coût : le traitement d’une note de frais atteindrait en moyenne
300 francs ! En équipant d’une carte bancaire Affaires les populations itinérantes,
tout s’arrange. Le salarié dispose d’un moyen de paiement à son nom qui lui
autorise un débit différé (le 5 ou le 10 du mois qui suit la dépense) ou “ super
différé ” (jusqu’au 30 du mois suivant). Entre-temps, il peut élaborer
sa note de frais. Et n’avance plus d’argent. La tâche lui est facilitée par
le travail minutieux de la puce, qui ventile les frais par type de dépenses.
L’entreprise
y trouve aussi son intérêt : elle évite d’émettre des avances sur frais
à ses collaborateurs et accède à un contrôle des dépenses. Avec la carte Visa
Elys Affaires du CCF, par exemple, il est possible de plafonner les dépenses
par porteur de carte. Mieux, en attribuant des cartes Affaires à ses salariés,
l’entreprise dispose d’un reporting. Les dépenses peuvent être classées, à sa
demande, par porteur, type de frais (hôtellerie, etc. ), répartition géographique.
Ou croiser plusieurs critères. Sortant au printemps 2001, la Corporate Mastercard
permettra à l’entreprise émettrice de moduler avec finesse son accès :
interdiction de régler certaines dépenses (boites de nuit !), etc. Le must,
c’est de s’équiper également d’un logiciel de gestion des frais professionnels
compatible avec le système comptable de l’entreprise (lire À Savoir).
Le prix de ces
cartes varie selon la palette de services offerts. Le super différé, par exemple,
n’est jamais cadeau. La banque considère ce service comme un crédit revolving.
Dans une fourchette très large, les cartes Affaires se négocient entre 250 francs
(environ 38 €) et 1 000 francs (environ 152 €) voire plus.
Pour TPE et solos,
les banques proposent depuis une période récente les cartes Business (Visa ou
Eurocard Mastercard) pour une cotisation annuelle avoisinant les 300 francs
(environ 46 €). À mi chemin entre les cartes Affaires et les cartes de particuliers,
elles n’offrent pas d’intérêt en matière de gestion des frais. En revanche,
certaines banques autorisent leur porteur à définir eux-mêmes leur capacité
de paiement et de retrait, les plafonds des cartes de particuliers étant standardisés
dans ce domaine. Quant aux cartes de “ prestige ” (Visa Premier et
Gold Mastercard), elles sont plutôt destinées à faciliter la vie du porteur
lui-même, avec différents avantages pour 750 francs environ (114 €) : plafonds
de retrait et de solde débiteur élevés, remboursements supérieurs à une carte
de base pour les vols de bagages, etc. À noter, la carte Executive Business
Card Mastercard, sortie le 15 février et proposée par plusieurs banques aux
alentours de 1 000 francs (environ 152 €), comporte un “ platinum
service ” : son détenteur peut joindre un service d’accueil téléphonique
afin d’obtenir tout renseignement lié à l’activité professionnelle (trouver
une idée de cadeaux d’entreprise, organiser un séminaire, etc.).
Acceptée comme
moyen de paiement dans une majorité d’hôtels, restaurants et magasins à travers
le monde, la carte American Express se décline dans une version Corporate. L’ensemble
des collaborateurs d’une firme dispose ainsi du même type de carte, qui permet
à l’entreprise d’obtenir des données consolidées au niveau mondial. Et de négocier
les meilleurs tarifs avec son agence de voyages. Bon à savoir : le différé
de paiement, 28 jours après la date d’arrêté des comptes, est gratuit. Chaque
entreprise ayant opté pour cette carte d’un montant maximal de 400 francs (environ
61 €) obtient des relevés réguliers et peut consulter ses dépenses en cours
par le www.americanexpress.fr.
Pour les TPE, la Small Business Corporate Card autorise un différé de paiement
gratuit jusqu’à 30 jours après la date d’arrêté des comptes. En plus des prestations
d’assurance et d’assistance, elle procure à son détenteur un relevé détaillé
des dépenses.
Moins connu en
France, la carte Corporate Diners Club (420 francs, soient environ 64 €) aligne
des avantages semblables. Les dépenses peuvent être débitées, au choix, sur
le compte du salarié ou sur celui de l’employeur. Le cas échéant, Diners peut
“ loger ” sa carte auprès de l’agence de voyages de l’entreprise.
Le but : régler de façon centralisée toutes les commandes (billets d’avions,
nuits d’hôtels, etc. ).
Maîtriser les
déplacements ne se résume pas aux notes de frais. Pour les entreprises qui emploient
des commerciaux itinérants, le poste carburant est crucial. Les compagnies pétrolières
le savent bien, qui proposent leurs propres cartes, contre un prix souvent modique
(53 francs pour la carte Total par exemple). Pour le conducteur, il s’agit de
véritables sésames. C’est à l’entreprise, en effet, de déterminer de quels services
(carburant, boutique, lavage) a besoin celui-ci. Grâce à une bande magnétique
(Esso Card) ou une puce (carte GR Actys de Total), tous les accès à ces services
sont programmés à l’avance : plafond de montant hebdomadaire, achat possible
de sandwiches ou non en boutique, prise de carburant non autorisée le week-end,
etc. Pour le chauffeur, impossible d’y déroger ! En contrepartie, l’entreprise
ne fait pas d’avances sur frais à ses collaborateurs mobiles, reçoit une facture
détaillée, responsabilise son personnel (moins d’abus… ). Et bénéficie
de conditions avantageuses pour ses achats de carburants. La carte Total, qui
propose un reporting particulièrement détaillé, fonctionne par exemple selon
un tarif unique, négocié de façon centrale en fonction des volumes engagés.
Ce tarif s’applique donc à tous les achats de carburant, quelle que soit la
station Total concernée. Intéressant en station autoroutière, il l’est beaucoup
moins pour les véhicules qui ne circulent qu’en rase campagne…
Encore peu développée
en France, les cartes d’achat (purchasing) comptent tout de même quelques dignes
représentantes dans leur rang. Fleuron : la carte Métro. Qui n’a jamais
sollicité l’un de ses heureux propriétaires afin d’effectuer quelques achats
(souvent personnels) à moindre coût ? Contre 365 francs annuels (environ 55
€) cette carte permet d’obtenir un relevé de tous les achats effectués dans
un point de vente de l’enseigne (mobilier de bureau, alimentaire, bureautique… )
et de louer un véhicules à des conditions préférentielles. En outre, la carte
Métro Réflexe permet d’étaler ses paiements à partir d’un certain montant d’achat.
Le différé est, lui, plutôt modeste : huit jours gratuits à partir de la
date de l’achat. Pour l’obtenir, il faut présenter un KBIS ou un extrait du
registre du commerce. En dehors de Métro, peu de choix pour l’instant. À signaler
tout de même : le groupement Carte Bleue (Visa) se prépare à lancer une
carte purchasing destinée aux “ achats non stratégiques ” (quincaillerie,
petites fournitures, etc. ) Destinée aux petites transactions (2 000 francs
soient 305 € environ), elle va permettre aux responsables des achats d’utiliser
un moyen de paiement électronique afin de régler des fournisseurs référencés.
Quitte à voyager,
autant cumuler des points. De plus en plus, les cartes recèlent des programmes
de fidélisation. Alors que toutes les cartes Fréquence Plus Air France sont
nominatives (seuls les collaborateurs bénéficient du cumul de miles), la carte
Corporate American Express “ co-marquée ” a été élaborée en partenariat
avec plusieurs sociétés dont Air France. Basé sur un volume annuel d’achat,
le barème de remises est clair : de 1 % à 3 %, pour les entreprises
dont les achats de voyages dépassent les 250 000 francs (environ 38 110
€). Pour 490 francs (environ 75 €), la carte Avis Club Business offre des cumuls
de points et de réduction de 15 % à 35 % sur les location de voitures.
Conseil utile : avant d’additionner le nombre de cartes pouvant entrer dans votre portefeuille ou dans ceux de vos collaborateurs, méfiez-vous des redondances. Pour ne prendre que cet exemple des cartes de fidélité, la Corporate American Express propose déjà des tarifs avantageux auprès d’autres loueurs de voitures. Il faut disséquer les offres, comparer et… négocier.
• Carte Visa
Affaires
• Corporate Mastercard
Cumuler des points
pour obtenir des remises
• Corporate American
Express Air France
• Avis Club Business
Contrôler les
dépenses en carburant
• GR Actys Total
• Esso Card
• Corporate American
Express
• Small Business
Corporate Card
• Corporate Diners
Club
• Visa Premier
• Gold Mastercard
• Platinum American
Express
Des générations de “ bons copains ” ont harcelé les détenteurs de cette carte afin d’effectuer des achats à bon prix.
Non seulement
elle cumule tous les services d’une carte AmEx (paiement dans les chaînes d’hôtels
et restaurants du monde entier), mais elle offre des privilèges d’exception,
notamment un accès aux concerts classiques les plus huppés de la planète…
Qu’il s’agisse d’une Visa Affaires ou d’une Corporate Mastercard, l’entreprise optimise sa gestion des frais de déplacement en fournissant un tel outil à ses collaborateurs.
Des services
pas toujours à la hauteur de ce que l’on pourrait attendre. Mais un prix souvent
abordable et une reconnaissance professionnelle. L’indépendant peut enfin montrer
autre chose qu’une carte “articuliers“ !
Mesquine pour
les collaborateurs mais pas pour l’employeur. En programmant à l’avance tout
achat dans une station-service, elle ne laisse strictement aucune marge de manœuvre
au salarié itinérant.
Gérant
d’Arturo Direct, Bertrand Turka s’est vu proposer une carte Visa Affaires par
sa banque. Mais l’absence quasi totale de déplacements professionnels (“ le
téléphone est mon outil de travail”) et la modestie de son poste achats le rendent
sceptique sur l’utilité d’une telle carte. Il regrette le déficit d’explication
de la part de sa banque
En moyenne, chacun
des 45 commerciaux de l’entreprise génère une note de frais de 15 000 francs
(environ 2 286 €) chaque mois. “ J’étais souvent tenue de leur octroyer
une avance, souligne Martine Silveira, gestionnaire administrative. Et chacun
attendait plusieurs semaines avant de rédiger sa note de frais. ” Désormais
équipés d’une carte Affaires (Elys CCF) avec différé de paiement sur leur compte,
les commerciaux de Metron Technologies ne reçoivent plus d’avance. Et sont incités
à remplir très vite leur note de frais.
Vous avez muni vos cadres de cartes Affaires mais souhaitez aller plus loin dans la gestion des frais de déplacements ? Avec Notilus, c’est possible. En complément de ces cartes, ce progiciel édité par Dimo Gestion traite la totalité des opérations de gestions des notes de frais : saisie unique, analyse des dépenses globales, contrôle comptable, règlement par virement, etc. L’entreprise n’a rien à faire puisque le logiciel récupère directement auprès de sa banque les informations utiles. Commercialisé à partir de 20 000 francs minimum (environ 3 050 €), cet outil se destine surtout aux grandes entreprises.
Didier Le
Gorrec